La Science-fiction sans le savoir
Le monde change. Et parfois même sans que l’on s’en aperçoive !
Et le cinéma, peut-être encore plus que beaucoup d’autres arts, a le pouvoir de fixer pour les générations futures des instantanés d’une époque. Et ce, même sans en avoir l’air ou le vouloir.
Prenons par exemple Claude Lelouch. Sur youtube et dailymotion, il doit sa célébrité à un court-métrage de 9 minutes qui date de 1976, C’était un rendez-vous. Lauréat de la Palme d’Or. Metteur en scène à succès de comédies douces-amères depuis plus de 45 ans, le cinéaste semble n’exister sur la toile que pour cette vidéo. Il faut dire qu’il a réalisé là un court-métrage simple mais bluffant et justement de la « science-fiction pour le futur ».
C’était un rendez-vous consiste en fait en un seul plan. La caméra est accrochée au ras de la route, à l’avant d’une voiture (une Mercedes paraît-il). Et le chauffeur que l’on ne voit jamais jusqu’à la dernière seconde (Lelouch lui-même) fonce à toute berzingue dans Paris, de la Porte Dauphine jusqu’au sommet de Montmartre. Feux rouges, priorités et limitations de vitesse totalement grillées, le film est assez scotchant.
D’autant que le Paris qui nous est montré là n’existe plus aujourd’hui. Alors bien sûr, l’Arc de Triomphe n’a pas changé. Le Sacré-Cœur non plus. Mais le Louvre, sans pyramide, ne ressemble plus (pas encore) à celui que l’on connait aujourd’hui. Et surtout, ces longues enfilades de rues sans voitures ni garées ni roulantes, tiennent du délire total, du truc inimaginable. Alors bien sûr, le film a été tourné au mois d’août, à 5h30 du matin. Mais cela ne peut suffire à expliquer cette ville vide qui ne manque pas de rappeler la première partie de 28 Jours plus tard où Cillian Murphy se réveille dans une Londres totalement déserte.
Camille Brun










