Daniel Craig, nouveau James Bond. De même que pour chacun de ses prédécesseurs, déjà les déçus
affrontent les enthousiastes. Craig est inconnu du grand public, il a une gueule de méchant garçon, son cheveu est blond, James blond. Rien de l'allure sophistiquée ni de l'élégante mèche brune de Pierce "Petrol Hahn" Brosnan. Tant mieux.
Depuis la fin des années Dalton, le mythe Bond s'engluait dans une surenchère d'histoires tordues. Chaque scène n'était plus qu'un spot de pub. Les marques de voiture se battaient pour figurer aux côtés des montres-bracelets, le tout mis en scène au hachoir par des yes-men dont la seule mission allait être de faire toujours plus d'entrées. Au final, le mythe fut sacrifié à l'autel cinq étoiles du marketing. Le film comme produit dérivé ; les aventures de James Bondachat.
Il fallait profiter du changement d'acteur. Il fallait saisir l'opportunité d'un nouveau souffle. L'affaire est d'importance ! Un mythe est en jeu, la plus longue série cinématographique jamais réalisée, vingt épisodes sur plus de 30 ans. Des millions de fans à travers le monde et à travers les âges. Il fallait sortir des ornières faciles pour repartir pour une longue série.
Le moins que l'on puisse dire est que les producteurs ont pris des risques, et pas les moindres : ceux du changement. Face à ce dinosaure inamovible qu'est 007, c'est osé. Saluons l'initiative.
Qui plus est, c'est le risque de la qualité qui a été fait. Qualité du casting, plutôt que de céder à la facilité d'un nom connu. Qualité de la mise en scène, puisque Martin Campbell est de retour aux manettes. Habitué aux transitions, c'est à lui que l'on doit Goldeneye (qui introduisit Brosnan). L'un des meilleurs Bond depuis longtemps. Qualité du scénario : c'est Paul Haggis qui s'y colle, après avoir signé Million Dollar Baby et Collision. Densité du script, profondeur des personnages, travail de la psychologie : Bond prend vraiment un autre visage, et c'est heureux.
Qualité de l'histoire également, puisque Casino Royale semble s'inspirer largement du premier roman de Ian Fleming, probablement l'un des plus réussis.
Craig n'est qu'une pierre de ce nouvel édifice. Laissons-lui sa chance, à l'heure qu'il est les débats sont vains.
Si le film respecte le roman, c'est un Casino Royale dur, sombre, tourmenté qu'il faut attendre. Loin des goodies que furent Le Monde ne Suffit pas et Meurs un autre Jour. Il est temps pour Bond de rimer avec Cinéma... Ca semble bien parti.